Tourism
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Ici, on dit " le village ". Les autres ? On les appelle " les estrangers du dehors ". Le Tropézien a le caractère insulaire, sans doute parce que son village forme une presqu'île. C'est un morceau de mythologie du XXe siècle : découvert par Guy de Maupassant, révélé par Signac et, après lui, par les peintres amoureux de la couleur, chanté par Gréco et Mouloudji, il est popularisé dans le monde entier par le trio Sagan-Vadim-Bardot. Depuis les années 50-60, c'est la déferlante touristique. L'endroit le plus photographié reste la gendarmerie, qui n'a pas bougé d'un iota depuis 1964, date du premier " Gendarme ". Tous les ans, le panneau de la ville est arraché, emporté... Sainte relique ! Il y a ses façades rosées comme le vin de Ramatuelle et son soleil qui pique chaque soir une tête dans le port. Il y a surtout sa toute petite superficie, où l'on croise le plus grand nombre de têtes connues au mètre carré. La vie tropézienne a ses rites. Commençons par les fêtes. La nuit blanche d'Eddie Barclay n'a plus lieu, bien que cet été... peut être, très surement même elle reprend ! les nuits de Régine et de Tony Murray perdurent. Autre habitude, le branle-bas de combat à l'heure du déjeuner : les bateaux se dirigent vers les plages, les autres font pareil en voiture, les embouteillages en prime. Les adresses sont connues : le marché provençal, le mardi et le samedi, place des Lices ; tous les matins la halle aux poissons ; la Tarte de Micka.... Comme remède à l'effet Loft, il existe un Saint-Tropez intime, celui du port de la Ponche, des plages plus secrètes, comme la baie des Canoubiers, du musée de l'Annonciade, avec ses toiles de Matisse, et, l'hiver venu, des mimosas sous la lumière du mistral... La pétanque de la place des Lices Habitude provençale s'il en est, puisque le mot pétanque vient de " pé tanco ", littéralement " pied tanqué ", c'est-à-dire planté dans le sol, et que ce sport a été inventé par Jules Lenoir, à La Ciotat, en 1910. À Saint-Tropez, le rituel a lieu sur la place des Lices, sous les frondaisons des platanes, entre chien et loup, devant la terrasse du Café (ex-Café des Arts). Les équipes se dessinent : anonymes (à l'accent de Raimu et de Fernandel) et célébrités (Henri Salvador, Eddy Mitchell ou Carlos) se mêlent. Que la partie commence ! Encore convient-il de ne pas " tirer à la rispaillette " (en faisant rouler sa boule vers la boule visée) ou " faire fanny " (perdre sans avoir marqué un seul point). Au royaume du papillon Au fin fond d'une venelle, dans le village secret, celui des jardins clos, des bougainvillées et des portes ouvragées, se cache la maison des Papillons. Dany Lartigue veille sur eux. Petit-fils du compositeur André Messager, fils du photographe Jacques-Henri Lartigue, il arrive au village en 1938, fait une carrière de peintre au sein de l'école de Paris et a pour violon d'Ingres la chasse aux papillons. Au rez-de-chaussée de la maison provençale, il y a les papillons exotiques ; au premier étage, les papillons de France, soient 4 500 spécimens réunis. Clou de la collection : le rarissime apollon noir du Mercantour. Fier de son prix Jean-Dolfus, décerné par la très sérieuse Société entomologiste de France, Dany réunit désormais ses deux passions, composant des paysages où il épingle ses papillons. Demain, muni de son permis et de son filet, il part à la chasse aux papillons dans les gorges du Verdon. " J'ai gardé le sens de l'émerveillement ", dit Dany, quatre-vingt-un ans. 9, rue Étienne-Berny. Là-haut sur la Citadelle La plus belle vue de la baie, avec au premier plan le clocher jaune qui émerge des toits de tuile... Elle se mérite : il faut quitter le vieux village, monter un chemin bordé d'eucalyptus et de lauriers-roses, abandonner le cimetière marin à gauche, grimper encore... Vous y êtes : accrochée au rocher, la Citadelle forme un hexagone, renforcé de tours et de remparts. Depuis plus de quatre cents ans, elle couronne la ville et la protège des attaques. Habituellement, son donjon abrite un Musée naval. Sénéquier, terrasse du show-biz Célébrissime ! Le rouge vif est de rigueur : stores, tables triangulaires et fauteuils de metteur en scène. Âgée de cent vingt ans, la maison a été lancée par Colette, fréquentée par Eluard et Valéry, avant d'être le rendez-vous de tout le show-biz. Dans les années 20, ce n'était qu'une petite pâtisserie donnant sur la place aux Herbes, connue pour son nougat. Aujourd'hui, sa terrasse se déploie sur le port, avec vue imprenable sur les yachts et les Harley. On y va tôt le matin, après le shopping et un détour à la Maison de la Presse, lire le journal (" Var-Matin ", la tribune de Saint-Tropez), ou en fin d'après-midi, après la plage, décider de sa nuit... Le nec plus ultra : aborder la terrasse côté Bailli de Suffren, s'asseoir dans le carré de tables à gauche, commander un café glacé. Quai Jean-Jaurès. Défilé de plages privées Tout se passe à Pampelonne, ce long ruban de quatre kilomètres, divisé en trente-trois concessions privées, avec matelas et parasols à leurs couleurs, où on ne va pas tant pour se baigner que pour être vu. Chacune a sa spécialité : plages gays (Coco Beach ou l'Aqua), plages familiales (Tropicana, Tahiti), plages jeunes (Tropezina), etc. Aux deux extrêmes, la Voile Rouge, " une boîte de nuit en plein jour ", avec musique techno à fond et seins nus arrosés au champagne, régulièrement menacée de fermeture pour nuisances sonores, et le Club 55, qui tire son nom de l'année de sa naissance et ressemblerait plutôt à la maison de vacances d'une famille cosmopolite. Les années passent, rien ne change : le blanc et le bleu, les jolis bouquets, les ventilateurs..., sans oublier le pain grillé. Ah si ! Patrice de Colmont, le maître des lieux, met à la disposition de sa clientèle six cabanons pour un camping chic, façon Ralph Lauren. Trois nouvelles plages, cet été : Maison Ocoa, Niki Beach et le Millesim, qui surfe sur la mode zen et feng shui, avec ses bouddhas et ses massages shiatsu... Il faut de tout pour faire Saint-Tropez ! Dans la chaleur de la nuit D'abord, on prend l'apéro au bar de la Bodega, devant le port, face à la place royale des yachts. Ensuite, on dîne chez Fuchs, au Spoon ou à la Villa Romana. Un petit tour à l'Octave Café, et on va en boîte, dans l'ordre : Les Caves, indétrônables, et le Papagayo, toujours en cours. Enfin, on échoue place des Lices, au Café, une institution depuis quarante ans, ou à l'Artichaut, pour les plus jeunes. Après ? Las, il n'y a pas d'after. Pis, depuis la circulaire Balladur du 15 décembre 1998, les associations se regroupent pour lutter contre le bruit : les portes des Caves du Roy sont closes à 5 heures. Attention à la concurrence d'Ibiza ! La fuite des clubbers et autres jet-setters a commencé. De là à dire St-Tropez, c'est fini... ils ont dit " Aucune route ne traverse le village, une seule vous y mène et ne va pas plus loin. Mais voudrez-vous repartir ? ", Colette. " Le village est beau, étonnamment beau. Il a une beauté indestructible. Il y a les vents d'abord, ces trois ou quatre vents qui tombent sur la presqu'île, qui la balaient, la nettoient et qui projettent ensuite cet air si léger, si fou et si gai qu'en deux jours on se sent changé et remis d'aplomb... ". Françoise Sagan |
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